Entre les rayons parfois vides, les petits-déjeuners à réinventer et les prix qui bougent, l’œuf est au cœur de vos courses. Pourtant, derrière chaque boîte, il y a une filière en pleine mutation, des choix de consommation forts et… 375 millions d’œufs supplémentaires attendus dès 2026. Que va-t-il se passer concrètement pour vous, dans votre supermarché, d’ici juin et dans les années à venir ?
Un Français mange désormais 237 œufs par an… et ce n’est pas fini
En 2025, chaque Français a consommé en moyenne 237 œufs, sous toutes les formes. C’est 10 de plus qu’en 2024. Cela représente des omelettes, des gâteaux, des mayonnaises, des quiches, bref, la vie de tous les jours.
En grande distribution, les achats d’œufs frais augmentent d’environ 5 % par an depuis trois ans. Cela équivaut à près de 300 millions d’œufs supplémentaires vendus chaque année en magasin. Autrement dit, les rayons se vident vite, car la demande grimpe plus vite que la production.
Au total, sur douze mois, environ 7,3 milliards d’œufs ont été vendus en grandes et moyennes surfaces, soit près de 687 millions de boîtes, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 2 milliards d’euros. Oui, l’œuf est devenu un pilier du panier de courses.
Pourquoi l’œuf plaît autant aux Français
On pourrait croire que son succès vient seulement de son prix accessible. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. L’œuf coche plusieurs cases qui comptent aujourd’hui énormément pour vous.
- Il est polyvalent : du petit-déjeuner au dîner, salé ou sucré, simple ou gastronomique.
- Il est transgénérationnel : enfants, adultes, seniors, tout le monde en mange.
- Il s’insère dans la plupart des régimes alimentaires : flexitarien, végétarien (ovo), sportif…
- Il est perçu comme un aliment naturel, peu transformé, riche en protéines de bonne qualité.
L’évolution des habitudes alimentaires joue aussi en sa faveur. Le petit-déjeuner se veut moins sucré, plus protéiné. Le snacking évolue vers des options plus rassasiantes. Et les cuisines du monde (ramen, plats mexicains, bowls…) intègrent l’œuf comme ingrédient central.
Des rayons tendus… mais un soulagement annoncé d’ici juin
Vous avez peut-être déjà cherché votre calibre ou votre mode d’élevage habituel et trouvé le rayon incomplet. Ces tensions sur les œufs viennent d’un décalage entre une demande en forte croissance et une production qui peine à suivre.
La filière française augmente pourtant ses volumes. La production d’œufs a progressé, les éleveurs mettent en place davantage de poulettes et prolongent parfois la durée d’élevage des poules pondeuses. Résultat, davantage d’œufs devraient arriver progressivement sur le marché.
Selon la filière, avec les poulaillers déjà construits et ceux en cours de lancement, les tensions dans les rayons devraient nettement se réduire d’ici juin La filière ne se contente pas de gérer l’urgence. Elle prépare aussi la suite. Pour répondre à la consommation future, le secteur prévoit une montée en puissance importante. Entre 2024 et 2035, le plan a été revu à la hausse. On parle désormais de 575 nouveaux poulaillers à construire d’ici 2035, soit environ 10 millions de places supplémentaires pour des poules pondeuses. En 2025, 18 poulaillers ont déjà vu le jour, créant environ 660 000 places, ce qui représente près de 200 millions d’œufs par an. Pour 2026, les projections annoncent environ 40 poulaillers supplémentaires, soit 1,25 million de nouvelles places et environ 375 millions d’œufs en plus par an. Concrètement pour vous, cela veut dire : La filière estime que nous pourrions atteindre en France une moyenne de 269 œufs par habitant en 2035. Une partie sous forme d’œufs coquille. Une autre sous forme d’ovoproduits (œufs liquides, en poudre, utilisés par les industries, la restauration, ou dans certains produits transformés). Pour satisfaire cette demande, il faudra produire environ 18 milliards d’œufs par an en 2035. Soit environ 3 milliards de plus qu’aujourd’hui. Cela implique des investissements importants en élevage, en alimentation animale, en couvoirs et en centres de conditionnement. Lorsque vous prenez une boîte en rayon, vous faites déjà un choix de société sans toujours y penser. Aujourd’hui, environ 82 % des œufs achetés en magasin proviennent de modes d’élevage alternatifs à la cage aménagée (plein air, sol, bio…). La filière vise même 90 % de production alternative d’ici 2030. L’origine est aussi un point clé. Le logo « œuf de France » permet de repérer rapidement les œufs issus de la production nationale. Près de 90 % des volumes français sont engagés dans cette démarche. Mais la hausse de la demande a poussé à augmenter les importations, notamment d’œufs coquille et d’ovoproduits. Certaines origines, comme les œufs ukrainiens, suscitent des critiques, en particulier sur la question des résidus d’antibiotiques interdits en Europe depuis longtemps. C’est l’un des enjeux pour les années à venir : répondre à la demande sans sacrifier les exigences sanitaires et environnementales que vous attendez. Malgré la progression de la production, la France ne couvre plus entièrement ses besoins. Le taux d’auto-approvisionnement se dégrade. Les importations d’œufs coquille ont fortement augmenté ces deux dernières années. Elles représentent désormais environ 10 % de la production nationale. Pour les ovoproduits, même tendance à la hausse. Cela pèse sur la balance commerciale, qui était positive il y a quelques années et devient négative en volume comme en valeur. La filière met en garde : une fois certains marchés captés par des importations moins chères, il est ensuite difficile de regagner ces parts. À cela s’ajoute un choix français unique : le développement de l’ovosexage (identifier le sexe de l’embryon dans l’œuf pour éviter le broyage des poussins mâles). Ce dispositif, très attendu sur le plan éthique, augmente cependant le coût des poussins. Il renchérit une partie de la production par rapport à certains concurrents étrangers. Vous pourriez imaginer qu’il suffit de décider de construire un poulailler pour produire plus. En réalité, chaque nouveau bâtiment traverse trois grands obstacles. La filière demande donc des règles harmonisées au niveau européen, des « clauses miroirs » pour que les exigences imposées en France valent aussi pour les produits importés. Elle souhaite également une meilleure reconnaissance de l’acceptabilité sociétale des élevages, pour concilier attentes citoyennes, bien-être animal et maintien d’une production locale. Avec une offre appelée à se stabiliser et même à croître, l’œuf va sans doute prendre encore plus de place dans votre cuisine. Voici une idée ultra simple, économique et riche en protéines : une omelette aux fines herbes, parfaite pour un dîner léger. Ingrédients pour 2 personnes Préparation Avec du pain complet et une petite salade verte, vous avez un repas équilibré, très abordable, rapide à préparer. C’est aussi cela, la force de l’œuf : il vous sauve un dîner en quelques minutes. La consommation d’œufs en France grimpe et ne montre aucun signe de ralentissement. Les rayons ont été sous tension, mais avec les nouveaux poulaillers et l’augmentation des cheptels, la situation devrait se détendre sensiblement d’ici juin. Pour vous, cela signifie plus de stabilité, plus de choix en modes d’élevage alternatifs, et la possibilité de continuer à privilégier l’origine France si vous le souhaitez. La filière, elle, doit relever un défi complexe : produire davantage, respecter des normes élevées, tout en restant compétitive face aux importations. En attendant, chaque boîte que vous choisissez en rayon envoie un signal clair sur le type d’agriculture et d’alimentation que vous voulez voir se développer. Et avec 375 millions d’œufs supplémentaires attendus en 2026, votre omelette a encore de beaux jours devant elle.375 millions d’œufs en plus en 2026 : ce que cela change pour vous
Consommation : vers 269 œufs par habitant en 2035
Année Œufs coquille (œufs/hab) Ovoproduits (œufs/hab) Total (œufs/hab) 2025 153 84 237 2030 173 79,3 252 2035 188 81,3 269 Œufs alternatifs, origine France : des choix qui pèsent
Pourquoi la France importe, alors que la consommation explose
Construire un poulailler : un parcours du combattant
Comment profiter pleinement des œufs à la maison : une recette simple et protéinée
En résumé : vers des rayons plus calmes… et plus d’œufs français











